Etape 95, de Chester à Bridgewater, 65 km

Mercredi 28 septembre, température 15°C, trés nuageux, menaçant mais pas de pluie

Après une bonne nuit sous un superbe édredon et un petit déjeuner, je finis ma News pour vous l’envoyer. Je ne suis pas pressée de partir car la méteo dit qu’il va pleuvoir toute la journée (en final je n’aurais pas une goutte de pluie, quelle chance…). Finalement, lorsque je pars, il est 11h, c’est vraiment une heure tardive pour partir à vélo mais je crois qu’il me fallait cela pour me remettre des heures de pluie de la veille.

Petit Prince et moi nous repartons, il est content d’avoir dormi au sec. C’est vraiment un merveilleux compagnon fiable. Sur route très mouillée, il ne bronche pas, ne dérape pas. Il tient courageusement la route, bien que chargé, et je lui en suis reconnaissante.

Le paysage est toujours aussi magnifique. Les petites baies se succédent avec, à chaque fois, plein de petites îles qui sont habitées ou non. Je comprends pourquoi chaque habitant souhaite avoir un bateau. Ils peuvent aller sur toutes les îles inhabitées qui sont souvent très faciles d’accès.



Nous arrivons à Mahone Bay, un village très coloré

 


A l’entrée du village, se trouve ces personnages. C’est curieux !


Puis je vois cet écriteau

Scarecrown Festival :  Le festival des épouvantails !…

Aussitot je descends de vélo, je prends mon appareil photo et je décide de parcourir le village avec vous et d’illustrer ce festival. Ce que je trouverais formidable, c’est que tout le monde joue le jeu ; commercants, institutionnels (poste, banque,…) et les particuliers. Pratiquement devant chaque maison, on trouve des épouvantails.


Le port à l’intérieur du village



Cette maison B & B a fait un gros effort car il y a 2 scènes d’épouvantail


Devant un B & B, regardez l »expression des visages, c’est drôle


Puis je remonte sur mon vélo, mais j’aurais pris un grand plaisir à flâner dans ce village et je trouve ce festival vraiment sympa.


Un héron au bord de l’eau


Puis nous arrivons à Lunenburg. Sur le guide des routards, il est conseillé d’aller visiter le Musée de la Pêche, alors je vais faire la visite. Ce musée comporte 3 étages. 2 présentent peu d’intérêt, en particulier, le rez de chaussée avec des aquariums d’une grande tristesse (je trouve qu’il vaut mieux ne pas avoir d’aquarium que d’avoir des aquariums de ce type).

Par contre, un étage raconte l’histoire de la pêche et en particulier l’histoire de la pêche à la morue. Cela m’a beaucoup interessée car je peux faire une très bonne comparaison avec l’Islande où j’ai plusieurs fois audité des usines de morue.

Ce musée montre donc les évolutions de la pêche à la morue. On voit l’évolution des méthodes de peche, l’industrialisation des bateaux et comment le Canada a tué cette ressource.

Source Wikipedia

« ‘Découverte au début du xvie siècle, la pêcherie de morue de Terre-Neuve fut rapidement exploitée par les marins français, basques espagnols, anglais et portugais, puis plus tard par les Canadiens. Les prises augmentèrent progressivement pour atteindre 500 000 t en 1950. Durant près de 500 ans la pêche à la morue a largement structuré la vie et le développement de la côte Est du Canada, région isolée aux conditions de vie difficiles et pauvre en activités économiques en dehors de la pêche et de l’exploitation forestière, mais a aussi contribué à l’activité économique de nombreux ports de pêche européens. À la fin des années 1950 les techniques de pêche traditionnelles sont abandonnées au profit de puissants chalutiers. Le volume des prises explose, atteignant même 800 000 t pour le stock du Labrador et de l’est de Terre-Neuve et près de 1 800 000 t pour l’ensemble de la zone atlantique nord ouest[4] en 1968. Cette pêche miraculeuse est de courte durée, les captures s’effondrent dans les années 1970 entraînant dans un premier temps la mise en place d’une ZEE en 1977 excluant les pêcheurs étrangers et de TAC au début des années 1980.

Après un rétablissement partiel au début des années 1980, ces mesures ne parviendront pas à réguler efficacement la pêche et se solderont par un second effondrement des captures à la fin des années 1980 : la biomasse de morue dans la principale zone de pêche tombe à 1 % de son niveau originel. Le gouvernement canadien n’aura d’autre choix que d’imposer un moratoire presque total sur la pêche de la morue en 1992, ne laissant que des TAC résiduels à quelques communautés locales. Le moratoire met fin à l’industrie de la pêche à la morue de Terre-Neuve. Aujourd’hui les prises de morue dans l’ensemble de la zone atlantique nord ouest sont de l’ordre de 40 000 t par an.
L’effondrement de la pêcherie de morue provoque de profonds changements dans la structure écologique, économique et socio-culturelle de l’est du Canada. Ces changements sont particulièrement visibles à Terre-Neuve où toute l’industrie de la morue était installée, entraînant la disparition d’un très grand nombre emplois. L’importance considérable de la pêcherie de morue dans la vie des communautés côtières de Terre-Neuve, mais aussi de nombreux ports de pêche français, basques espagnols et portugais, l’abondance initiale de la morue considérée à tort comme inépuisable et l’incroyable succession d’erreurs de gestion de la ressource font de cet événement un cas particulièrement emblématique de l’échec des politiques de gestion des ressources halieutiques. »
C’est impressionnant de voir ce désastre. En Islande, tout à été fait pour préserver la ressource. D’abord ils ont combattu les bateaux anglais (même physiquement) car les islandais considéraient que les anglais pillaient leurs ressources. Puis ce sont eux (et peu de gens le savent) qui ont imposé les miles marins de protection autour d’un pays, 50 miles, puis 100, puis 200 miles.

Source Wikipedia

 » La ou les guerre(s) de la morue est le nom que l’on donne généralement à plusieurs conflits d’ordre économique qui opposèrent le Royaume-Uni et dans une moindre mesure la RFA à l’Islande entre les années 1950 et 1970 au sujet des zones de pêches islandaises. Même si la marine britannique fut mobilisée, les deux pays ne se déclarèrent jamais la guerre. Le théâtre des opérations fut les eaux à proximité de l’Islande que le gouvernement islandais souhaitait interdire aux chalutiers étrangers par crainte de voir les ressources halieutiques s’épuiser. En 1952, l’Islande décide d’étendre sa zone de pêche de 3 à 4 miles nautiques au large de ses côtes, ce qui engendre une vague de protestations en Grande-Bretagne et le gel temporaire des importations de poisson islandais. La première « guerre » de la morue ne commence qu’en 1959 après une extension par l’Islande de ses eaux territoriales à 12 miles nautiques. Les Britanniques décident alors d’envoyer des navires de guerre pour protéger leurs chalutiers qui pêchent dans cette zone. Les relations s’apaisent après la conclusion d’un accord entre les deux pays. Mais le conflit reprend en 1972 lorsque l’Islande étend sa zone de pêche à 50 miles nautiques, puis à 200 miles nautiques en 1975. Malgré des opérations parfois violentes, aucune victime humaine n’est à déplorer. Le différend prit fin officiellement en 1976 avec la reconnaissance par les Britanniques des prétentions islandaises. Ce conflit a posé les bases de la mise en place d’une zone économique exclusive, qui sera reprise par la Convention de Montego Bay de 1982″.

Les bateaux de péche de la morue sont des petits bateaux qui pêchent avec des lignes à la traine (7 à 8 lignes) avec peu de marins à bord (7 à 8) et tous les jours, quand ils rentrent au petit matin, un officier des pêches contrôle les prises (la taille et le nombre). Puis les poissons partent directement dans les usines où là, ils sont à nouveau inspectés par des contrôleurs des pêches, ce qui évite tout traffic.

C’est pour cette raison que l’Islande n’a jamais voulu rentrer dans la communauté européenne car ils auraient dû ouvrir leurs zones de pêches aux européens et ils auraient perdu la gestion de leur ressource. Et leur industrie perdure.

Donc je quitte ce musée où j’ai appris plein de choses sur le désastre canadien de la pêche à la morue (encore une fois pour moi, l’attitude très ambiguë des canadiens avec leur environnement).


Puis je vais visiter le port où se trouve un bateau très connu, le Bluenose II


Source Wikipedia

« En 1920, la goélette de pêche néo-écossaise Delawana avait été défaite par l’Esperanto de Gloucester, au Massachusetts, dans la course entre pêcheurs des Provinces maritimes et de la Nouvelle-Angleterre dont le commanditaire était le journal Halifax Herald. Le Bluenose fut construit pour la pêche à la morue mais c’est cette course hors-saison qui le rendit célèbre. Après une saison de pêche sur les Grands Bancs de Terre-Neuve, le Bluenose défit l’Elsie de Gloucester pour venger la défaite précédente. Durant les 17 années suivantes, aucun bateau canadien ou américain n’a pu la devancer et elle conserva l’International Fishermen’s Trophy.

La célébrité du voilier l’amène à figurer dans diverses rencontres internationales. Ainsi, le Bluenose représente le pays lors de l’Exposition universelle de Chicago en 1933. Deux ans plus tard, l’élégant voilier part pour l’Angleterre, où il symbolise le Canada au jubilé d’argent du roi George V.
Les goélettes de pêche étant devenues obsolètes durant la période de la Seconde Guerre mondiale, et malgré les efforts pour le garder en Nouvelle-Écosse, il a été vendu, en 1942, comme transporteur de marchandises aux Caraïbes. Le Bluenose a coulé près d’Haïti, à l’Île-à-Vache, après s’être échoué sur un récif de corail le 28 janvier 1946.
Tous les Canadiens connaissent le Bluenose car il figure sur la pièce canadienne de 10 cents depuis 1937.

Devant la popularité du Bluenose, le Bluenose II, bâti selon les plans originaux et par certains des mêmes ouvriers, a été inauguré à Lunenburg le 24 juillet 1963. Conçu par la famille Oland comme outil publicitaire de leurs brasseries d’Halifax (Nouvelle-Écosse) et Saint-Jean (Nouveau-Brunswick), le navire est devenu depuis une attraction touristique et un symbole de la province. Oland l’a vendu pour 1 $CAN au gouvernement de la Nouvelle-Écosse après plusieurs années d’utilisation. Depuis le 1er avril 2005, la gestion et les levées de fonds pour son entretien sont confiées à la société du Musée maritime de Lunenburg. »


Puis, nous reprenons la route. Inutile de vous dire qu’avec tous ces arrêts, je n’avance pas très vite mais ce n’est pas grave car je me fais très plaisir à voir et apprendre toutes ces choses. Je continue à suivre la route de la côte  quand je tombe sur ces 3 bateaux désarmés prêts pour la féraille et qui sont totalement incongrus dans ce paysage car ils sont installés dans une rivière. Ils ont l’air abandonné là et je subodore un problème économique derrière car clairement ils n’ont rien à faire ici et c’est une plaie pour le paysage.


Je me retourne et prends une photo du paysage. Quel contraste.


Mais il se fait tard et il faut que je trouve un endroit pour dormir. Je suis entrain de réfléchir à ce que je vais faire quand je vois une maison merveilleusement située au bord de l’eau et je me dis que cela serait formidable si je pouvais dormir là. Aussitôt je bifurque et je viens me garer devant l’entrée. Je frappe à la porte et un homme d’un certain âge (environ 75 ans) vient m’ouvrir. Et tout de suite, je me dis que cela va être très dur de le convaincre de m’accueillir car les personnes de cet âge ont peur pour leur sécurité, ce que je comprends parfaitement. Je discute avec lui, je m’accroche car je veux vraiment réussir cette rencontre. Il est très interloqué par ma démarche. Puis il finit par me faire rentrer pour en discuter avec sa femme. Et là ce n’est pas gagné du tout car je sens un fond d’inquiétude dans la discussion. Comment convaincre gentiment ? C’est dur, j’argumente puis je finis par demander une réponse, oui ou non, car si c’est non, il faut que je reparte pour trouver quelque chose. Ils vont sur mon Website puis la réponse est oui. Quel soulagement !…Et comme toujours, lorsque la réponse positive est donnée, l’accueil est très chaleureux. Quel plaisir pour moi. Au dîner, je mangerais un excellent steak et on me fera choisir un vin et je prendrais un Pinot rouge qui se révèle être excellent. Que demander de plus ?

J’irais me coucher très contente de ma soirée

Et le lendemain je prendrais des photos de cet endroit magique


Le hangar à bateau pour le stockage du bateau l’hiver. À cause des glaces, un bateau ne peut jamais rester dans l’eau car il risque d’être broyé.


La maison seule côté route


La maison, côté rivière


La cuisine d’été


La vue de la maison


Le bateau de Lyod (le drapeau canadien ne fera pas une nouvelle saison…).


Merci Loyd et Belty d’avoir vaincu votre réticence à accueillir une inconnue dans votre maison. Soyez assurés que j’ai beaucoup apprécié votre accueil et je vous en remercie chaleureusement.


Lorsque je démarre, il est 11h30 car j’ai passé 2h à vous raconter ma journée d’hier et à transférer toutes ces photos mais « vous le valez bien ».

16 réflexions sur « Etape 95, de Chester à Bridgewater, 65 km »

  1. Merci pour toutes ces descriptions, ce sont de vrais cours d’histoire et de géographie. L’automne arrive très vite au Canada.
    L’exploit devient de plus en plus difficile et pénible certains jours.
    Bon courage.
    Amicalement
    Bernadette

  2. Merci de prendre de ton temps pour nous faire partager tes aventures et découvertes! Saches que nous sommes « addicts  » à tes différents écrits. Continues de nous régaler. Bisous Corinne

  3. La plupart des photos de ce jour ne se sont pas ouvertes pour moi, mais tes épouvantails ne m’ont même pas fait peur, j’ai cru que c’étaient des mannequins de mode ! Les marins français ont pêché autour de l’Islande de 1850 à 1935 avec les fameuses goélettes dont il reste seulement deux exemplaires, l’Étoile et la Belle Poule, commandées par notre Marine en 1932 et encore en service aujourd’hui, comme navires écoles et de prestige. Il n’y a jamais eu de conflit avec les Islandais, c’est même la France qui a construit les deux premiers hôpitaux en Islande, j’ai écrit un article à ce sujet.
    Bonne route et continue à développer l’amitié franco-canadienne.

  4. Corinne, tu nous écris de tels messages, pas étonnant que ça te prenne du temps et de l’organisation de nous envoyer tes news. Inutile de te dire que nous les lisons avec chaque jour un peu plus de plaisir, et avec toujours une petite dose d’excitation à l’idée de ce que nous allons découvrir. Vraiment incroyable ce festival des épouvantails! Je t’aurais bien demandé de m’en rapporter un , ma maison ayant été « attaquée » par les corbeaux pendant un mois, avec une agressivité incroyable.
    Je ne sais pas comment tu arrives à aborder les gens , et à te faire accueillir après une approche bien mesurée, mais franchement chapeau! A chaque fois que tu nous racontes ton nouvel hébergement, je me dis ils ont intérêt à ouvrir leur porte à Corinne!. Quant aux maisons de tes hôtes, elles sont toutes plus belles les unes que les autres., merci de nous les présenter, c’est vraiment sympa. Heureusement que tu prends des photos, car tu auras une sacré galerie de portraits avec tous ces gens qui t’accueillent. Continue à flâner et à profiter des paysages, et des gens que tu rencontres, c’est un peu la récompense de toutes les étapes où tu as souffert de la météo, et des efforts physiques. Allez Corinne, on continue à te suivre avec un grand plaisir.
    (J’en ai bavé en allant au travail aujourd’hui, avec le vent de face c’est dur de pédaler, mais penser à toi m’a donné du courage).
    Bises,
    Odile

    1. Merci ma fidèle des fidèles. SI tous les jours tu attends la dernière News, tous les jours j’attends avec impatience ton commentaire…
      Le vent de face s’est terrible, le pire c’est le vent de face plus la pluie, là c’est la totale

  5. Bravo pour ton courage merci de nous faire voir les photo de ta belle aventure tes sont super belle oufff j’adore les photos ton écriture j’ai toujours hâte de te lire gros câlin ? ?????

  6. Dear Corinne,
    Depuis que tu as quitté le Québec tout se passe-t-il en Anglais? Comme tu es parfaitement bilingue tu as omis de nous préciser ce détail.
    With kind regards,
    Your weird brother

  7. Wow,encore une belle journée de decouvertes! Continue à bien profiter de ce voyage, toujours aussi extraordinaire! Encore et encore, on continue à te suivre! Ca donne envie de voyager et de découvrir d’autres coins de l’est! ?

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