Etape 94, de Peggy’s Cove à Chester, 65 km

Mardi 27 septembre 2016, 11°C à 14, pluie forte à partir de 11h jusqu’au soir.

Après ma nuit sans tente dans un camping mais dans une petite cabane, je me prépare à partir. La propriétaire du camping m’explique que quand il fait trop froid, les campeurs montent leur tente à l’intérieur de la cabane. j’avoue que je n’y avais pas pensé mais c’est une bonne idée. Ceci dit, je n’ai pas vu souvent des cabanes dans les campings comme cela, avant.

Je pars sous un ciel très menaçant mais sans pluie. Je ferais 15 km avant que la pluie se déchaîne. Comme je sais qu’il va pleuvoir, je profite de l’absence de pluie pour m’arrêter, prendre des photos et profiter du paysage que j’apprécie beaucoup. Je trouve que le marron jaune des algues à marée basse donne une touche gaie.






Et puis la pluie forte arrive. Je peux encore profiter de la belle vue pendant 15 km puis le brouillard se lève. Et là, ce que je fais, perd tout intéret. Ma seule chance est qu’il n’y a pas de vent. Au bout de 35 km, je m’arrête dans un restaurant (ce que je ne fais jamais d’habitude) pour me réchauffer et garder le moral. Mais au bout d’une heure, il me faut repartir car je ne vais pas coucher là. Je reprends la route. Mes gants « imperméables » qui ne le sont pas du tout sont évidemment totalement trempés et ma main gauche convalescente me fait mal. Et pour la première fois mes chaussures prennent l’eau aussi. Pourtant, elles sont bien protégées mais je me trouve face à un dilemme quand je les mets. Mes protections se ferment par des scratches à l’arrière sur le mollet. SI je les serre fort, j’ai mal aux chevilles car le sang ne circule pas assez. Alors je ne les serre pas au maximum et la conséquence, c’est que l’eau pénétre par là et coule dans les chaussures, ce qui n’est vraiment pas agréable d’autant plus que je n’ai pas d’autres chaussures fermées à mettre quand j’arrive (pour m’alléger, j’ai renvoyé celle que j’avais emmenées). Comme ce sont des chaussures en croute de cuir, elles sont très longues à sécher, ce qui va être un problème pour moi ce soir.

Au bout de 35 km de pluie et de brouillard, j’arrive à Chester, j’en ai vraiment assez donc je me dis qu’il faut que je trouve quelque chose pour dormir ici. Je commence d’abord par un arrêt pipi à Tim Hurtons. Je sais que ce n’est pas très correct d’aller dans les fast foods rien que pour cela mais je fais ce que je peux car avec les vêtements  de pluie, les pauses pipi sous la pluie me mouillent totalement.

Je sors du restaurant où l’on m’a indiqué qu’il n’y avait qu’un seul motel à la sortie de la ville. L’idée de me retrouver seule dans un motel me révulse mais avec ce temps de « merde », je me sens démunie. Je vais pour remonter sur Petit Prince quand une voiture arrive pour le drive de Tim Hurtons. Une femme seule conduit et elle me sourit. Je dois avoir l’air pitoyable sous cette pluie battante avec un vélo plein de sacoches. Et tout d’un coup, je me dis que je dois tenter ma chance avec cette femme. Je fais le tour de Tim Hurtons pour aller au drive. Je rattrape la voiture et … Je demande à cette femme si elle peut m’héberger. Comme souvent, les gens sont un peu interloqués par ma demande (ce n’est surement pas souvent qu’on les interpelle de cette manière) et pour moi, l’instant décisif est juste après la surprise, que décident-ils ? La réponse est OUI et j’éprouve un immense soulagement et une grande gratitude envers elle car vraiment des journées comme cela sont difficiles.

Je la suis donc jusqu’à sa maison qui est dans la ville. Petit Prince peut être à l’abri dans leur sous sol et moi, immédiatement je vais me changer pour ne pas attraper froid. Ils ont un poêle dans le salon entouré de barrière par sécurité car ils ont une petite fille de 18 mois, Isabelle. Là je mets tout à sécher et ils vont se retrouver avec un étalage de vêtements de cycliste dans leur salon. Et moi, je me réchauffe près du poêle. Dieu que c’est bon et qu’elle chance j’ai de ne pas être dans un motel. J’apprécie formidablement bien ces moments de grâce.

Puis je me coucherais dans un grand lit avec une belle couette. Je dormirais comme un coq en pâte et je me réveillerais en pleine forme. Heureusement car apparemment, c’est le même style de journée qui s’annonce. Aurais-je la même chance ce soir ?

Merci beaucoup Monica, Jeff et Isabelle pour avoir recueilli une naufragée de la route

Ù

11 réflexions sur « Etape 94, de Peggy’s Cove à Chester, 65 km »

  1. A chacun son Everest…Le parcours est parfois très difficile mais tu gardes le cap. Un grand exemple de persévérance et de ténacité devant tant d’obstacles. En même temps je suis certaine que ta satisfaction sera grandiose au bout du parcours. Certains t’avaient suggéré d’arrêter et de reprendre une autre fois ce périple hors du commun mais je me doutais bien que tu allais continuer pour atteindre ton sommet à toi.
    Merci de ce beau voyage que tu nous fais vivre à travers tes photos et récits.

    1. Que cela me fait plaisir de te retrouver. Tu as raison, je ne voudrais pas arreter à cause de la mauvaise météo mais simplement parce qu’il faudra que ce voyage ait une fin quand moi, je l’aurai choisi.

  2. Encore une fois, je suis donc contente que tu tombes sur des bonnes personnes! Mais…est ce que ce sont les gens qui ont la chance de tomber sur toi? Je l’ai vu comme ça en tout cas 😉

    Bon tourisme!
    (Je n’oublie pas ta cause, mes finances sont basses 🙁 Aussitot que possible, je garde quelques sous pour vous!)

    A demain! 😀

    1. Si maintenant vous ne savez pas que les canadiens sont gentils, c’est à désespèrer. Leur gentillesse, c’est la grande réussite de mon voyage. Bisous d’amour ma fille

  3. Bon courage ma chère cousine. Je lis chaque matin ta lettre et je suis toujours admirative de ce que tu fais et surprise par la gentillesse des gens que tu peux rencontrer. Quel beau pays !!

    Bravo encore, je t’embrasse très fort et garde le moral
    Isabelle

  4. Salut la trempée,
    Là c’est le philosophe qui parle (tu sais, celui qu’est au fond de la classe près du radiateur). Je fais partie des certains qui t’avaient dit qu’une possibilité était de finir ce voyage au printemps. J’ai été élevé comme toi dans la morale, pardon l’éthique « qu’on est pas sur terre pour rigoler », d’où mon idée d’abréger. J’oubliais que tu es de l’école des Stoïciens et moi de celle du Jardin d’Épicure. En plus, je ne me suis jamais fixé de sommet et enfin je serais trop timide pour demander l’hospitalité. De là était venue mon idée, me mettant à ta place, de voyage en 2 temps. Idée idiote car qui sur terre pourrait se mettre à ta place? Tu es unique! En fait, la seule chose qui m’empécherait de rentrer prématurément serait l’idée de faire l’an prochain un nouveau voyage Paris-Canada avec vélo sur British Airways, comme celui que tu as fait au printemps dernier. Voyage inoubliable!

    Une autre idée, meilleure celle-là, tu sais que j’ai pas mal pédalé dans Kyoto. Là, par temps de pluie, certains cyclistes fixent un parapluie sur leur guidon. Voilà la solution! Que n’y as-tu pensé plus tôt!
    Je t’embrasse,
    Ton frère, bien au sec

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