Etape 84, de Matane à Cap-au-Renard, 108 km

Samedi 10 septembre (et fin du vendredi) température de 17 à 19  °C, temps ensoleillé mais frais

Matane, durant le mois de septembre, a une vie culturelle très riche et j’ai pu en profiter un peu. L’après midi, avec Marie et Jean Yves, nous sommes allés visiter une usine fermée depuis 30 ans, usine qui fabriquait des dessous féminins. Plein d’objets de l’époque étaient présents ainsi que des photos racontant la vie de l’usine. Cela m’a beaucoup intéressée et le spectacle des femmes de cette époque qui regardaient les photos en faisant des commentaires était émouvant. L’une d’elle à côté de moi a dit « c’était toute la jeunesse des femmes de Matane qui travaillait ici ». Puis dans d’autres salles de l’usine, il y avait des expositions photos, expositions vraiment de qualité. Mais ce qui m’a frappée, c’est la noirceur de toutes ces photos. Elles étaient belles mais très tristes.

Le soir, étaient organisés 3 spectacles : des petits films avec des compositions de musique, de la prose lue par des habitants et repris par un conteur sur fond musical, puis un orchestre jouant des compositions étranges de fonds sonores de films. J’ai eu beaucoup de chance de pouvoir assister à tout cela. Merci Marie et Jean Yves.


Voici la maison en bois de Marie et Jean Yves, merveilleusement située en bord de mer


La maison vue de la mer. Au départ, elle était située en bordure du Saint-Laurent mais la rive a bougée suite à la construction d’une digue et de la terre s’est déposée faisant avancer le rivage. Jean Yves tond une partie de la végétation pour se garder un chemin pour aller à la mer.


Les maisons vues de la plage


Mes minouches (mes filles !…), je porte votre cadeau, coté pile « allez maman ».


et côté face « t’es une championne » (au moins !…).


Regardez cette photo, elle est incroyable. Ce que vous voyez au premier plan, ce sont des plants de tomates. Personne ne sait comment ils sont arrivés là et comment ils arrivent à pousser dans le sable. Les tomates n’arriveront sûrement pas à maturité, donc pas de récolte prévue, mais le phénomène est vraiment étrange.


La maison du voisin avec un catamaran en construction aussi gros que la maison. C’est une histoire triste car le propriétaire construisait ce bateau pour voyager pendant sa retraite et il est mort avant.

Avant de repartir, je vérifie, comme je le fais chaque semaine, que tout va bien sur  mes comptes. Et je m’apercois que la carte bancaire que j’utilise depuis le voyage au Canada a été piratée et que des prélèvements ont été effectués. Il faut que je la fasse interdire et le moins que l’on puisse dire, c’est que ma banque ( la BNP) n’a pas été performante. Une demi heure d’attente au télephone pour arriver à les avoir. Puis là, on me dit que je dois porter plainte à la police. Mais au Québec, la police n’enregistre pas des plaintes pour cela. C’est donc à la banque de régler le problème. Enfin, théoriquement, elle est bloquée. J’espère que la seule carte bancaire qui me reste ne va pas connaître la même mésaventure car alors, je n’aurais plus aucun moyen de paiement.

Je finis par partir mais il est 11h. Marie m’a indiqué un camping à 102 km, j’espère y arriver avant la nuit.

Petit Prince est un peu grognon. Il ne se remet pas de sa chute dans le fossé car il s’est trouvé ridicule. Je lui dis que moi aussi j’étais ridicule, le long de la route sans lui, avec juste une sacoche à mes pieds. Je lui rappelle que le ridicule ne tue pas. Il enchaine avec le fait que sa béquille est cassée. Et là, je peux le réconforter. D’abord, seul un morceau de béquille a cassé et j’ai pu remonter le morceau qui reste. La béquille est constituée de 2 jambes (un V à l’envers), une jambe de force éloignée de la roue et la jambe d’appoint près de la roue pour améliorer la base d’appui. C’est la jambe d’appoint qui a cassée et la jambe de force tient le coup. Si le terrain est plat et que je mets le vélo doucement sur sa béquille, il reste debout. je lui explique aussi que le magasin INTERSPORT a accepté de commander cette béquille et qu’on pourra la remonter à Gaspé. Donc son moral remonte et il ne râlera plus après.

Sur la route, je vois une buse qui veille. J’ai la chance de pouvoir la prendre avant qu’elle s’envole


Les paysages que je traverse sont magnifiques




Je roule toute la journée à part un arrêt d’une demi heure en milieu de journée.

Contrairement à ce que m’ont dit Marie et Jean Yves la route n’est pas plate, il y a de belles montées. Mais j’ai déjà remarqué plusieurs fois que les personnes qui se déplacent en voiture trouvent les routes plates, mais la réalité en vélo est différente, mais ce n’est pas grave car les pentes sont faisables.

Je roule mais le temps passe et je vois la nuit qui arrive. Je ne suis pas loin donc je ne m’inquiète pas. Mais soudain la nuit est là et je ne suis toujours pas arrivée. Je m’arrête pour demander si le camping est encore loin car je ne vois plus mon compteur. On me répond, un quart d’heure à vélo. Je vais donc rouler de nuit, ce que je ne veux pas. Si j’ai un bon éclairage, cela reste un éclairage de vélo. Je roule et je ne trouve pas le camping dans le noir. Le panneau n’est sûrement pas éclairé. Et je me dis que je l’ai raté. J’emprunte un morceau de route sur environ 5 km où il n’y a pas une maison et soudain l’angoisse m’étreint. Je ne sais pas où je vais et où m’arrêter. Sur la droite, j’aperçois une maison très éclairée et je m’arrête car je ne veux pas aller plus loin, j’ai peur. Et je me demande quelle va être la réaction des habitants en voyant quelqu’un d’inconnu frapper à leur porte en plein nuit. Je ne suis pas fière de moi de me retrouver dans cette situation très inconfortable. Et s’ils ne veulent pas m’accueillir, que vais-je faire ?

Je frappe. J’entends du bruit à l’intérieur mais on met du temps à ouvrir. Ce n’est pas bon signe. Puis le porte s’ouvre et je me sens très idiote et bête de dire que j’ai raté le camping et que je ne sais pas où dormir. Peuvent-ils m’accueillir pour la nuit ? Le couple est très interloqué car ils ne reçoivent jamais personne et en plus la nuit. Je les sens inquiets. Je me dis que j’aurais peut-être la même réaction mais que puis-je faire ? Le temps me paraît très long. Ils me disent qu’ils ne savent pas qui je suis. Je leurs réponds que le plus simple est d’aller sur mon site Web et qu’ils auront toutes les réponses. Ils me disent d’entrer, ouf, j’ai un premier pas dans la maison, pourvu que je puisse faire le deuxième pas.

Et soudain la femme me dit de rester. Vous imaginez mon soulagement. Ce qui est sûr, c’est que je ne remettrais pas dans une situation aussi angoissante que celle là.

Et la soirée se passe formidablement bien. Lynn et Jacques sont tous les deux éducateurs spécialisés et très engagés socialement donc nous avons des bons sujets de discussion. Ils me servent un très bon dîner . J’ai vraiment de la chance mais j’ai bien conscience d’avoir été limite sans le vouloir.

Je dormirais dans un bon lit dans le sous-sol.

Le lendemain, au petit-déjeuner Jacques me montre une marmotte qui a élu domicile dans sa réserve de bois et qui vit sur le terrain. Et la pluie avec orage s’abat. C’est une journée terrible que s’annonce avec beaucoup de vent. je connais et j’ai déjà donné.


Merci à Lynn et Jacques d’avoir recueilli une naufragée de la route un peu paumée !…

7 réflexions sur « Etape 84, de Matane à Cap-au-Renard, 108 km »

  1. Merci Corinne pour ce journal régulier de ton aventure en solitaire! On voyage avec toi, mais sans effort…, contrairement à toi….. En tous cas, bravo pour cette belle performance physique, sous tous les temps! L’accueil a vraiment l’air génial ce qui est très réconfortant. J’ai lu un article où le Canada était mentionné comme l’un des pays les plus accueillants et sûrs pour les femmes globe trotter. Tu as bien choisi! Bonne route pour la suite. Je t’embrasse

    1. Tu sais Frédé, il n’y a pas que le physique, le mental est drôlement important dans ce genre de voyage oùl’inconnue est la règle. Je suis contente de voir que tu me suis.
      A bientôt
      Corinne

  2. Soeurette,
    Toi peur? ça doit bien être la première fois de ta vie! Quel effet ça t’a fait?
    Les tomates, ça n’est pas venu du lest de bateaux autrefois déchargés là? J’ai vu des roses sauvages une fois dans un endroit complètement inapproprié et dont c’était là l’origine. Au fait, as-tu bien regardé les feuilles? Ce ne serait pas un champ de cannabis « sauvage » par hasard? Toi qu’es agronome t’as bien du en voir, dans les livres seulement bien sûr, parce que ça ne pousse pas en France ce truc là. Dis donc…. si c’est ça… comment dire?…. t’aurais de quoi finir ton voyage bien à ton aise… si tu vois ce que je veux dire… as-tu encore de la place dans les sacoches?
    Demain St Pierre. Débarrassée de mes messages pendant 2 semaines. J’entends d’ici ton « ouf! ».
    Je t’embrasse,
    Jean-Claude

    1. Mon frére, je suis triste que tu ne puisses plus lire ma prose géniale pendant 15 jours. Et tes commentaires complétement « déconnants » et qui me font tant rire vont me manquer.
      Bon séjour à la campagne
      Bisous

  3. Allo Corinne … Bien contente de te lire. Ta balise semble ne pas bien fonctionner, en tout cas samedi et dimanche je ne voyais aucune activité. Et nous sommes fâchés d’apprendre que ta carte bancaire à été piratee ! Quel ennui ! Ce dimanche on a eu des vents affreux à Lévis, un orage et une bonne fraîcheur. Je me suis dit que tu étais sans doute à tester tes nouveaux vêtements. J’espère que tu n’as pas froid ! Bon courage et merci de partager, tes photos sont magnifiques !

  4. Allo Corine,
    Je vois que tu es passé tout droit au sea shack et qu’un autre bon samaritain s’est chargé de ton confort! Une bonne chance car c’était vraiment des rafales puissantes qui soufflaient hier. Ouf, avec tout ce vent tu vas être capable de monter les côtes Madelaines sans assistance électrique ?.
    Tu comprends maintenant pourquoi il y a autant d’éoliennes en Gaspésie! Ce n’est pas la ressource de vent qui manque!
    Bon courage!

  5. Ha non! J’espere que tout ira bien avec les finances! Et heureusement que tu as trouvé encore de bonnes âmes dans la nuit! Comme toujours, bonne continuité! Et du soleil!!!
    pleins de soleil…et pas de vent…

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