Etape 83,  de Pointe-au-Père à Matane, 74 km

Jeudi 8 septembre 2016, et vendredi 9 septembre (repos) température 17°C, pluie et fort vent venant de la mer et de face.

Après une bonne nuit, je prends le petit-déjeuner avec Denis et Catherine avant qu’ils aillent travailler. Comme d’habitude, lorsque je prends un petit-déjeuner dans une famille, il est très costaud et me permet d’attendre sans problème de déjeuner un peu tard. Au moment de partir, Catherine me tend un billet de 20 dollars. Là encore, quelle joie de voir que Achariya se rapproche encore un peu plus de l’école. Ses yeux brillent car elle commence vraiment à y croire.

Denis et Catherine partent et moi je veux en faire autant quand il se met à pleuvoir. Denis avait consulté la météo et la pluie était annoncée à 18h. Mais la méteo n’étant pas une science exacte, c’est raté. J’attends un peu pour voir si cela se calme, mais la pluie ne s’arrête pas, alors à 10h30, je me décide à partir. Je vais pouvoir tester mes vêtements de pluie, en particulier l’imperméable offert par Monique Garneau.

Et tout de suite, c’est l’enfer. La pluie est forte et surtout, il y a beaucoup de vent, du vent froid venant du fleuve et que j’ai en pleine face. J’ai beau avoir des vétements de protection, ce vent vous glace et il est dur à affronter. Pour arriver chez la sœur de Denis, Marie, habitant Matane, j’ai environ 80 km à faire et dès le départ, je vois que c’est très mal parti. Le vent est tellement fort que sur le plat je n’arrive à rouler qu’entre 10 et 12 km/h, comme dans une montée difficile. Comment faire 80 km dans ces conditions ? Je décide d’utiliser l’assistance électrique pour lutter contre le vent. Je passe de 10 km/h à 15 km/h. Je ne veux pas plus car avec le vent, les trous sur la route, les camions et les voitures ainsi que la pluie, tout cela fait beaucoup à gérer en même temps, c’est des conditions de pédalage dangereuses. Et malgré l’assistance électrique, j’en bave, le vent est tellement fort. Par moment, arrivent des rafales de vent qui me font dévier, heureusement du côté du bas côté ou de fossé et non du côté de la route. Je regarde la jauge de la batterie et la charge descend à vue d’œil. Clairement l’assistance électrique à du mal aussi à lutter contre ce vent terrible.

A 34 km, j’ai vidé la première batterie, ce qui n’est jamais arrivé depuis l’installation de l’assistance électrique en si peu de km. Cela me confirme la dureté de la situation. Je suis partie en bermuda avec le pantalon de pluie, croyant que le temps allait s’éclaircir mais au contraire, il devient de plus en plus mauvais. 

A 40 km, je vois une grange ouverte et je m’y engouffre. Une maison se trouve à côté de la grange, je frappe mais personne. Je m’installe dans la grange pour manger le pique nique que m’a préparé très gentiment Catherine. J’en profite pour enlever mon bermuda qui n’est vraiment pas d’actualité pour le remplacer par un pantalon long. Je suis découragée par ce temps. Mais il faut repartir, alors Petit Prince et moi, on y retourne.

Vers le 50e Km, je m’aperçois que l’installation que j’avais faite pour le drapeau de l’association « toutes à l’école » est entrain de lâcher sous les coups de vent, la hampe est quasiment horizontal, je vais la perdre. Je m’arrête, mets la béquille et descend de vélo. Je vais pour prendre la hampe, quand une grosse bourrasque arrive, j’entends un crack et je vois Petit Prince basculer dans le fossé. J’essaie de le retenir mais le poids est trop lourd, il m’entraîne et je risque de me blesser… alors je le lâche. Et je me retrouve au bord de la route avec une sacoche à mes pieds qui est tombé du vélo dans sa chute et qui est restée sur la route, un morceau de béquille par terre qui explique pourquoi le vélo a basculé dans le fossé et un vélo au fond d’un fossé de 2,5m qu’on ne voit même plus de la route et le tout, sous une pluie battante. Je me penche vers le fossé et heureusement il n’est pas plein d’eau (un petit peu de chance, cela fait du bien). La situation est tellement invraisemblable que je ne peux m’empêcher de la trouver comique. 

Comme je sais que je n’ai aucune chance d’arriver à remonter le vélo de ce fossé toute seule, je me dis que je dois me faire aider. Et je refais donc le geste de détresse, bras que je croise et que je décroise. La première voiture s’arrête, ce geste est vraiment magique. Un homme balèze en descend et me demande ce qui se passe. Je lui montre mon vélo dans le fossé et il éclate de rire et moi avec, tellement je sais que j’ai l’air ridicule avec mon casque de vélo sur la tête dégoulinante de pluie, une sacoche à mes pieds et … pas de vélo à l’horizon. C’est un homme efficace. Immédiatement, il remonte toutes les saoches. Puis à nous 2, on remonte le vélo. Il est tellement costaud que cela est très rapide. N’ayant plus de béquille, il me tient le vélo, le temps que je réinstalle toutes les sacoches qui sont bien sales maintenant et nous repartons. Merci à lui pour s’être arreté tout de suite.

Petit Prince boude car il s’est trouvé ridicule les 4 fers à l’air. J’ai beau lui expliquer que l’on s’en est bien sorti, il ne veut rien savoir. Par contre, la béquille cassée me rappelle des mauvais souvenirs et je sais que je n’ai aucune chance d’en retrouver une rapidement en Gaspésie. La galère de chaque appui à l’arrêt va donc recommencer.

En attendant, il faut continuer à avancer, le temps étant toujours aussi mauvais. Et la deuxième batterie fond aussi vite que la première et au 68eme km, je n’ai plus d’assistance électrique. Cela en dit long sur ce temps exécrable car j’ai vidé les 2 batteries beaucoup plus vite que dans les Rocky Mountains. Et je reprends ma vitesse de 10 km/h sur le plat. C’est totalement désespérant et épuisant. je fatigue beaucoup, j’ai vraiment froid. Soudain je vois le panneau indiquant Matane. Enfin une bonne nouvelle, la ville est moins loin que prévue, 74 km au lieu de 80 km. A 72 km, je n’en peux plus, je roule maintenant à 8 Km/h et je suis à la limite de la stabilité. Je ne vais pas finir en poussant le vélo quand même. Un sursaut d’orgueil fait que je ne vais pas lâcher maintenant. Et enfin j’arrive. Je suis frigorifiée, je pose tout mon matériel trempé et Marie, pendant ce temps, me prépare un bon bain chaud. En me déshabillant, je constate que je ne suis pas mouillée donc l’imperméable a résisté. Par contre, le haut de mon teeshirt est mouillée. L’eau rentre par le col qui n’est pas réglable, ce qui est une amélioration à apporter. Je prends donc un bain pour me réchauffer et je m’endors dedans.

Je me réveille pour un bon dîner et une bonne soirée. Puis je range toutes mes affaires qui sont mises à sécher dans le sous sol et tout ce que je portais part à la machine à laver. C’est la pire journée de vélo depuis que je pratique le vélo. Heureusement que cela a fini par une ambiance chaleureuse et au sec.

Merci Marie et Jean Yves pour votre accueil. Ils m’ont proposé de rester le lendemain chez eux car il y avait encore de la pluie annoncée et j’ai accepté car je ne veux pas passer 2 journées de suite comme cela.

9 réflexions sur « Etape 83,  de Pointe-au-Père à Matane, 74 km »

  1. Ohlala! Quelle étape difficile!!!
    Heureuse de savoir que vous êtes finalement arrivée à Matane-sur-Mer en un seul morceau!
    Je vous souhaite une prochaine étape plus clémente jusqu’à Sainte-Anne-des-Mont.

    1. Encore merci Catherine pour votre accueil. Oui, cela a vraiment été une étape difficile à cause de la pluie et du vent. Mais à l’arrivée, l’accueil de Marie et Jean Yves à tout effacé !…
      Merci encore

  2. Les éléments se déchainent mais vous m’étonnerez toujours de part votre volonté et votre esprit positif.
    Le Canadiens vous accueille toujours aussi bien et en plus font des dons pour Achariya.
    Je vais faire des incantations pour que le beau temps revienne 🙂
    Stéphane Luiggi

  3. Si vous avez un coup de pompe demandez « un jus de gazon dans de l’eau furieuse ». Apport en sucres rapide garanti et les petites bulles réveillent. Ce n’est qu’un diabolo menthe !
    Bon courage
    Stéphane

  4. Notre Corinne,
    Toujours à Tours avec notre mère. Cette étape est ta 13 ème au Québec. Toi et moi sommes des scientifiques, donc pas question d’invoquer la superstition, le mauvais oeil, le sort, la malédiction, le mauvais présage, etc… Non, Corinne, nous n’évoquerons rien de tout cela … mais quand même… tu ne trouves pas que c’est plus qu’une coïncidence?
    Au fond, et là c’est le « spychologue » qui parle, dis-toi que tu as de la chance. Ben oui, imagine que tu sois arrivée dans un camping, tu aurais du monter la tente dans la tempête, n’est-ce-pas? Tant que là, tapis rouge, bain chaud, petits plats dans les grands. Oui, tu peux remercier Marie et Jean Yves.
    Enfin, et là c’est le chrétien qui parle, Dieu ne t’as-t’il pas envoyé cette épreuve pour expier une partie de tes péchés parce que, moi qui te connais depuis toute petite, Corinne, des péchés… hein…. des péchés… enfin, passons, nous parlerons de tout ça en face à face à ton retour. Ton retour d’ailleurs, nous commençons à en douter. Gâtée comme tu es là bas, on se demande si tu ne vas pas rester et demander la nationalité…
    Nous embrassons l’apatride,
    Ton frère et ta mère (qui désapprouve tous mes propos)

    1. Merci Kakoene pour tes commentaires qui me font toujours autant rire. Certains suiveurs doivent penser que nous sommes une famille de dingues. Mais ce n’est pas grave, car nous assumons notre grain de folie. Bisous

  5. Ah ben dis donc Corinne, rien qu’à lire cette étape, on en serait fatigué, même installé bien tranquillement chez soi!. Tu m’épates en trouvant comique la situation de Petit Prince dans le fossé, et toi , trempée, abandonnée sur le bord de la route…Je crois bien que je serais restée à pleurer dans une telle situation. Après avoir récupéré Petit Prince à peu près en état de rouler, tu as trouvé l’énergie pour atteindre Matane, et rencontrer tes nouveaux sauveurs: Marie et Jean-Yves, qui vont figurer au catalogue de tes Hôtes Québécois. Je crois que tu as « mérité » une fois de plus cette pause bien confortable chez ce couple bienveillant. Pas très étonnée que tu te sois endormie dans ton bain.
    Avant de lire cette étape, je suis allée jeter un œil au compteur de Toutes à l’école, quelle bonne nouvelle de voir que ça monte, peu à peu, que les Québécois y ont largement contribué par leurs dons en direct ( merci à eux), et que nous pouvons espérer un cartable bien rempli pour Achariya. Ça fait vraiment plaisir, et je pense que cela te motive certainement pour lutter quand tes étapes sont difficiles comme celle que tu viens de vivre. Espérons d’ailleurs que c’est définitivement la pire de ton périple, qu’il n’y en aura plus d’autre comme celle-là.
    Admiration de la part de ta belle-sœur, qui continue à aller au travail à vélo (12km aller-retour)symboliquement, et qui a toujours une petite pensée pour toi, pour vous deux.
    Bises

  6. ha wow! Quelle étape difficile! Bravo quand même, de réussir a voir toujours le bon coté des choses! On se découragerair à moins! J’espère que la température sera meilleure dans les prochains jours!
    xoxoxox
    Marie et toute la petite famille!

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